Органъ на МПО Любенъ Димитровъ отъ Торонто Канада

Les Bulgares du Canada - quelques réflexions

Si nous voulons découvrir les causes de rémigration bulgare et ses racines, nous devons relire, une à une, les pages de notre histoire après la Libération du joug ottoman, c'est-à-dire, depuis 1878. De nos jours, le nombre le plus important de Bulgares au Canada se trouvent à Toronto et dans ses environs. C'est là où se situe le début de notre immigration. Toronto constitue le premier port d'attache du Nouveau monde qui a accueilli déjà trois - quatre générations de nos compatriotes. Certains d'entre eux, assimilés, ont déjà perdu leur langue maternelle ; il ne leur reste que le nom bulgare et le souvenir d'une mère, d'une grand-mère et quelques paroles reliées à des émotions d'antan.
A partir de 1990, suite au dégel et la brisure du Rideau de fer, une nouvelle vague d'émigrés a déferlé sur Toronto. C'est une ville de trois millions d'habitants aux coloris cosmopolites, possédant une économie dynamique, quelques universités, des institutions et traditions culturelles; donc, elle offre des possibilités de travailler et de progresser, si importantes pour chaque Bulgare.
Au fil des ans, nos compatriotes ont bâti quelques églises «macédono-bulgares» de rites orthodoxes où ils se réunissent pour entendre la liturgie dans la langue d'origine, pour prier et, après la messe, prendre un café avec des amis afin d'échanger, ensemble, des idées ou avoir des nouvelles du pays. Bien tristes sont ces réunions d'exilés : chacun vit avec un sentiment profond d'insécurité, souvent inexprimé, mais toujours présent : tu es un arbre déraciné et transplanté sur une terre étrangère, y a-t-il un avenir pour toi, lequel?
Pendant mes longues années d'émigratîon, Je leur ai souvent rendu visite : à Ottawa, nous n'avons pas d'église bulgare. J'étais intriguée par l'enseigne «église orthodoxe macédono-bulgare». Pourquoi pas «bulgare» seulement? Les explications m'ont été données par les émigrés vétérans. Les voici: La première vague importante d'émigrés sont venus de Macédoine suite à l'Insurrection d'Illinedène en 1903, noyée dans le sang par les Turcs. Conscients d'être «Bulgares de Macédoine», ils se sont cotisés et ils ont construit leur première église. Ce sont eux qui ont établi la tradition d'église mixte, macédono-bulgare, tradition qui s'est prolongée dans les années à venir.
Dix ans plus tard, en 1913, a déferlé sur Toronto la deuxième vague de Bulgares, suite à la Guerre balkanique. Souvenons-nous de cette guerre. Sur l'initiative de la Russie impériale,'les trois pays balkaniques - la Grèce, la Serbie et la Bulgarie — avaient déclaré la guerre à la Turquie et, pendant que les soldats bulgares combattaient à dix-huit kilomètres d'Istanbul, la Grèce et la Serbie s'étaient partageas la Macédoine, celle-ci étant la seule raison pour laquelle la Bulgarie participait à la guerre. De plus, et par malheur, attaqués par les Roumains du côté nord, les Bulgares, dans l'impossibilité de se défendre contre les troupes des trois pays voisins, ont dû subir une défaite humiliante de trahison triple avec l'approbation tacite de la Russie. En Macédoine, les nouveaux occupants n'étaient pas meilleurs que les Turcs : les policiers serbes et grecs, d'un commun accord, ont entrepris une offensive assimilatrice contre la population bulgare dans le but d'en diminuer le nombre. Pour avoir la vie sauve, des milliers de Bulgares ont été obligés d'émigrer et c'est encore au Canada qu'ils se sont réfugiés, sur le Nouveau continent, en quête d'une nouvelle vie.
La Première guerre mondiale 1914-1918 a fait miroiter, pour la Bulgarie, l'espoir de réunification de ses territoires occupés. Elle s'est rangée du côté de l'Allemagne et de l'Autriche-Hongrie. Elle s'est trouvée, à la fin de la guerre, du côté des vaincus. De nouvelles régions ont été amputées de son territoire déjà modeste. Et, à nouveau, la terreur infligée par les autorités serbes et grecques, sur la population bulgare des territoires occupés en Macédoine, a chassé des milliers de gens de leur foyer pour leur faire prendre le chemin de l'exil vers le Canada, les États-Unis, l'Australie même.
Justement, ce fut l'expérience de l'exil et du dépaysement qui renforçait leur sentiment religieux et les faisait bâtir de nouvelles églises macédono-bulgares - refuges de leur identité nationale: loin de la patrie, gardons, au moins, notre religion et notre foi en Dieu!
Les rescapés de la Macédoine d'Egée continuaient d'affluer : les autorités grecques ont imposé le changement des noms bulgares en noms grecs; les écoles bulgares ont été fermées. Leurs instituteurs, déportés dans les îles lointaines, tandis que les prêtres des églises bulgares, s'ils restaient vivants, étaient remplacés par des prêtres grecs qui chantaient la messe en grec. Dans la Macédoine du Vardar, sous la Juridiction serbe, la situation des Bulgares n'étaient pas meilleure. L'assimilation forcée et la débulgarisation battaient leur plein. Comment? Dans les régions peuplées massivement de Bulgares, les autorités envoyaient leurs instituteurs les plus instruits pour qu'ils enseignent aux enfants, dès leur prime Jeunesse, la grandeur des rois serbes et de la culture serbe. Mais cela n'était pas assez! Il a fallu que chaque matin, avant le début des classes, les enfants se lèvent debout et, au lieu de la prière réglementaire, les maîtres d'écoles les obligeaient de répéter trois fois, avec solennité : «je suis Serbe, je suis Serbe, je suis un vrai Serbe'»
Malheur à l'enfant et à sa famille! - s'il ne se pliait pas totalement à ce rituel! Par ailleurs, malgré leur appartenance officielle à la religion chrétienne orthodoxe, les Serbes ne se sont pas gênés devant les icônes des églises bâties par les Bulgares. En vrais iconoclastes, ils ont peint en noir les images de Saint Ivan de Rila et du Saint Prince Boris 1er- évangélisateur de l'Etat bulgare dès l'année 854. Les occupants ont poussé leur violence xénophobe jusqu'à détruire et même raser les temples orthodoxes bulgares en Macédoine, en Moravie et dans les Confins Ouest de la Bulgarie. Dans plusieurs régions, ils ont procédé à la profanation, voire à l'anéantissement des cimetières. A l'exemple des Grecs, les Serbes n'ont pas respecté les pierres tombales des défunts, leurs frères de religion orthodoxe. Suite à la maltraitance - humiliés, déportés, calomniés, battus à mort dans des prisons et des camps - quelle autre issue s'offrait aux rescapés que celle de s'enfuir et chercher refuge dans un pays lointain, le plus loin possible. Et les voilà émigrés au Canada. Ils débarquaient par groupes d'amis, par couple ou par famille. Ils s'installaient à Toronto ou dans les localités limitrophes : Niagara, HamUton, Windsor, Buffalo. Modestes et économes, ils ont réussi à s'acheter des fermes dans la vallée du Niagara.
Grâce à leur travail et leur amour de la terre, ils ont pu transformer cette vallée en une des plus belles régions : le verger fleuri du Canada. Mais continuons notre promenade dans rhistoire qui a beaucoup à nous apprendre. La Deuxième guerre mondiale a éclaté comme une prolongation de la Première : les peuples vaincus et humiliés cherchaient une justice et une revanche. Parmi eux se trouvaient aussi les Bulgares.
Quelle était la réaction du Canada et des autorités canadiennes? Dominion britannique, il était naturel pour le gouvernement canadien de se ranger du côté de la métropole. Par la même occasion, il a entrepris des persécutions à l'égard des émigrés d'origine allemande, japonaise, italienne et ukrainienne. Des dizaines de familles japonaises de la Colombie-Britannique, établies depuis déjà deux ou trois générations, ont été déportées au Japon. Leurs enfants - et souvent les parents mêmes ne savaient pas le japonais. Echoués au Japon, de nouvelles pressions et insultes se sont abattues sur eux. Quant aux émigrés allemands, ils ont été emprisonnés dans des camps de travaux forcés, gardés derrière des barbelés, mal nourris, mais grâce à l'aide généreuse des familles canadiennes du voisinage, ils réussissaient à survivre, s'ils n'essayaient pas de s'évader. Afin d'éviter ce genre de persécutions, les Bulgares de Toronto ont trouvé une certaine issue : ils se sont déclarés «Macédoniens». Les autorités canadiennes ne savaient pas que le terme «Macédoine» s'appliquait à une région géographique et non pas à un pays, donc c'est tant mieux.
La guerre a dévasté l'Europe et extermine des millions de victimes. Plusieurs villes et pays ont été détruits. La Bulgarie, de nouveau parmi les vaincus, a dû renoncer à ses territoires occupés. A la suite de la conférence de Yalta, les trois puissances victorieuses — la Grande-Bretagne, les États-Unis et l'Union soviétique - ont créé un nouveau pays : la Yougoslavie, qu'elles ont agrandi^aux dépends des pays voisins - la Hongrie, la Roumanie, et surtout la Bulgarie. Encouragé par ses trois protecteurs, le Maréchal Tito, proclamé «héros national», a entrepris d'unifier et de serbiser les nouvelles régions acquises. Une cruelle campagne de débulgarisation s'est abattue sur la population de Macédoine et des Confins Ouest : déportation, emprisonnement, punition corporelle et harcèlement systématique sur chaque citoyen qui s'identifiait comme Bulgare.
Et qui pis est! Sur l'ordre de Staline et avec la complicité du gouvernement communiste bulgare - (toute honte bue!) - on imposait de force la nationalité inventée de «Macédonien». On a modifié les noms bulgares du peuple pendant que les médias introduisaient quotidiennement des mots serbes ou latins pour forger de toute pièce une nouvelle langue slave : le macédonien. Insatiables de réaliser leur projet de «Grande Serbie», les autorités serbes ont envoyé leurs agents jusqu'au Canada, aux Etats-Unis et ailleurs pour «macédoniser» les Bulgares qui se sentaient encore tels. Avec le concours des autorités grecques pour lesquelles «la Macédoine est une terre grecque depuis des siècles», ces chauvins continuent même de nos jours, à aliéner l'identité de nos compatriotes.
Au cours des festivals, des fêtes culturelles ethniques ou des rencontres informelles, on entend systématiquement des rumeurs négatives et calomnieuses à l'égard de la Bulgarie et de son peuple afin d'effacer toute trace de leur fierté nationale. En revanche, on ne manque point l'occasion de souligner ou de rehausser le prestige de la Grèce antique ou la grandeur de l'Empire byzantin.
Du côté serbe, on relance le vieux projet de «fédération balkanique», sous l'autorité suprême des Serbes, bien entendu, à l'intérieur de laquelle la Bulgarie serait une province et non plus un pays. A présent, après qu'ils ont perdu la Croatie, la Slovénie, la Bosnie et le Kosovo, pour avoir perpétré plusieurs actes de barbarie, les chauvins serbes, fidèles à l'idéal de Novakovitch, sont d'autant plus avides de terres étrangères, surtout des terres bulgares. Et ils n'en démordent pas. Pendant l'été de 1995, j'ai entendu, sur les ondes de la radio Europe libre, une interview avec le Consul serbe nouvellement nommé à Sofia. A la question «Y aura-t-il un avenir pour la Yougoslavie?» le Consul a répondu en ces termes : «La Yougoslavie doit exister en englobant la Macédoine, la Bulgarie et peut-être la Grèce!!!» A ces desseins expansionnistes, comment les gouvernements bulgares réagissent-ils? Ils se taisent.
Pendant cinquante ans, les autorités bulgares communistes, obéissant servilement aux ordres staliniens, fermaient leurs yeux devant la terreur infligée à nos compatriotes hors frontière. Les dirigeants étaient occupés à «bâtir le socialisme», de gré ou de force. Par rapport aux problèmes nationaux, ils s'enfermaient dans un silence complaisant. Botev aurait dit «un silence honteux!» Un léger changement d'attitude a été constaté sous le gouvernement d'Ivan Kostov en 1997. Il a aménagé et installé le Centre culturel bulgare à Tzaribrod, mais, un an plus tard, Kostov lui-même a déclaré que «le nationalisme bulgare est déjà enterré!» Pourtant, pendant l'été de 2004, leader de l'opposition, Kostov a créé un parti politique, son parti, qu'il a défini comme «national». S'agit-il encore d'une stratégie purement politique?
II fallait attendre l'année 2003, pour que le roi Siméon II, Premier ministre de la Bulgarie, aille en visite officielle en Macédoine et convainque Boris Traykovsky de ne pas persécuter les Bulgares qui se sentent tels. Traykovsky a promis de protéger ces Bulgares ou Macédoniens, mais les serbophiles de Skopie, tout en étant minoritaires, continuent à dominer la presse et les médias. Traykovsky a péri mystérieusement dans un «accident»... A l'époque de la mondialisation, où en sommes-nous? Depuis plus de dix ans, au plan mondial, on nous lave le cerveau avec des notions telles que: «libéralisme, économie de marché, libre-échange de marchandises et de personnes». Les médias, à l'Ouest comme à l'Est, ont couvert de nuances négatives les termes comme «nationalisme, identité nationale, intérêt national». Les médias bulgares introduisent des mots anglo-américains, détériorent le style et la grammaire, mais aussi - et c'est le plus révoltant! - ils se moquent malicieusement de toute manifestation du génie national. Des journaux comme «24 h», «I68», «Trud» insistent fortement sur les mauvaises nouvelles : accidents d'autobus, catastrophes naturelles, crime organisé, etc.
Peut-être ne se rendent-ils pas compte que de tels écrits mènent le lecteur au désespoir, paralysent ses énergies d'action ou bien le poussent à émigrer. Il est même fort plausible que les journalistes de ces journaux soient rémunérés par les ennemis de la Bulgarie dont le but est de dépeupler notre beau pays de Bulgares pour s'y installer eux-mêmes? Qui sait? Cela se fait depuis des décennies déjà; et jusqu'à quand? Comme réaction à la politique de mondialisation qui appauvrit les pays pauvres et qui enrichit les pays les plus riches, les peuples concernés s'organisent dans des mouvements protestataires dont les extrémistes détruisent des bâtiments, etc.
Par contre, apparaissent aussi d'autres mouvements, non violents, qui regroupent des intellectuels et qui se tournent vers l'histoire, vers le folklore, les traditions et les valeurs nationales pour faire revivre un nationalisme serein et éternel. De plus en plus souvent, les écrivains se tournent vers le passé pour y décrire un mode de vie et des relations humaines plus généreuses, plus normales. Il en est de même des Bulgares du Canada ou du pays natal. À Toronto, à Ottawa, à Montréal ou ailleurs, ils s'organisent pour faire connaître leur culture nationale. Ils sont fiers de leurs racines, de leur style de vie traditionnel, de leurs fêtes religieuses et nationales.
Certains d'entre eux, surtout les jeunes, retournent au pays natal, ayant compris qu'à l'étranger ils seront souvent des citoyens de seconde zone et qu'il n'y a pas de destin plus triste que celui de l'émigré, malgré certains avantages matériels que le Canada offre. A Etre nationaliste de nos jours est la seule attitude digne de tout Bulgare, d'ici ou d'ailleurs!
Vera Bouneva
Ottawa