Draga Redaktia,

izprastam Vi moia statia za Goranite v Kosovo, publikuvana v Osservatorio sui Balcani na Italianski i prepechatana na Frenski ezik ot Le Courrier des Balkans.

S pozdrav Tanya Mangalakova-Sofia

 

À la rencontre des Gorani du Kosovo
TRADUIT PAR JEAN-ARNAULT DÉRENS

Publié dans la presse : juillet 2004
Mise en ligne : mercredi 4 août 2004

Sur la Toile

Tanya Mangalakova a arpenté les montagnes du Sar, au-dessus de Prizren, à la rencontre d’une des communautés les plus discrètes du Kosovo. Les Gorani sont fortement attachés à leur culture et à leur identité, même si les origines de cette communauté demeurent incertaines, et si elle n’est pas officiellement reconnue comme une minorité nationale.

Par Tanya Mangalakova

Géographiquement, la région de Gora s’étend sur les territoires du Kosovo (municipalité de Dragas) et de l’Albanie. La commune de Dragas se trouve au sud de Prizren, près des frontières avec l’Albanie et la Macédoine. Elle comprend 18 villages de montagne, uniquement habités par des Gorani - un peuple slave musulman, qui parle un dialecte régional particulier, reprenant des éléments de vocabulaire macédonien, bulgare, serbe et turc. Dans la ville même de Dragas, Albanais et Gorani sont égalité.

Dans les frontières de l’actuel Kosovo, les villages gorani sont les suivants : Backa, Brod, Dikance, Globocica, Gornja Rapca, Krusevo, Kukaljane, Ljestane, Ljuboviste, Mlike, Orcusa, Radesa, Restelica, Veliki Krstec, Vraniste, Zli Potok, Mali Krstec, Donja Rapca. On trouve également des Gorani dans neuf villages d’Albanie, près des frontières du Kosovo, le long de la rivière Ljuma. Aucune donnée précise n’existe sur le nombre des Gorani qui vivent aujourd’hui au Kosovo, parce qu’il n’y a pas eu de recensement depuis 1991. Selon les estimations de la municipalité de Dragas, on compterait 13 000 vivant dans la Gora, et 12 000 autres qui vivent à l’étranger, comme travailleurs émigrés ou comme réfugiés, soit, au total, 25 000 Gorani. Les données officielles de l’OSCE indiquent que 9706 Gorani vivent à Dragas (28% de la population totale), à côté de 24856 Albanais. Les langues officielles de la commune de Dragas sont l’albanais, le serbe et le bosniaque.

D’où viennent les Gorani ?

D’après la présentation de la commune de Dragas réalisée par l’OSCE, les Gorani seraient les descendants de populations chrétiennes orthodoxes arrivées de Bulgarie au XIIIe siècle, et qui seraient passées par le territoire de l’actuel commune au cours de leur migration vers le nord, en direction de la Bosnie. Selon les thèses de certains historiens, cette population proviendrait des Bulgares bogomiles - une secte hérétique, dont les membres ont été expulsés de Bulgarie. Certains d’entre eux seraient allés dans la Gora, la majorité d’entre eux s’établissant en Serbie et en Bosnie-Herzégovine. Sous l’Empire ottoman, ce groupe s’est converti à l’Islam.

L’académicien bulgare Jordan Ivanov publia en 1917 une étude sur « Les Bulgares en Macédoine ». Il rapprocha les Gorani convertis à l’islam des Torbesi et des Pomaks. Le mot torbes vient des Bogomiles facilement convertis à l’islam (il dérive de torba, le sac). Les Bogomiles avaient l’habitude de porter un sac sur leurs épaules quand ils allaient mendier. Selon l’ethnographe bulgare Vasil Kanchov, les Poturnaki (convertis) des montagnes du Sar portent le nom de Torbesi, qui leur a été donné avec raillerie par les chrétiens bulgares et les Albanais. Aujourd’hui, tous les Gorani sont musulmans. Ils parlent d’eux-mêmes en disant « les nôtres », et de leur langue maternelle comme de « notre langue ». « J’ai rencontré un des nôtres... Nous parlons notre langue », disent les Gorani...

Au cours de mon voyage à travers les villages gorani du Kosovo, j’ai rencontré de nombreuses files de voitures se rendant à des mariages. En juillet et en août, quand les travailleurs émigrés reviennent d’Allemagne, de Suisse ou d’Italie pour les vacances, il y a trente ou quarante villages chaque semaine dans tous les villages gorani du Kosovo. Beaucoup de jeunes reviennent exprès pour se marier avec une jeune fille de la région. Il y a chaque jour des fêtes de mariage, sauf le vendredi, le jour de la grande prière musulmane. Un mariage dure en moyenne cinq jour. Les montagnes du Sar résonnent des chansons traditionnelles gorani, un mélange de rythmes macédoniens, bulgares, serbes, les chansons populaires goranke voisinent avec des sons bulgares, mixés par le compositeur Goran Bregovic pour le film Arizona Dream. Bregovic a appelé ce motif « la chansons des rêves ».

Sur la route, de la ville de Dragas jusqu’au village de Brod, j’ai croisé des voitures modernes avec des plaques allemandes, suisses ou italiennes, conduites par de jeunes et belles femmes goranke, qui portaient des vêtements à la dernière mode. Ces voitures appartiennent aux jeunes émigrés qui vivent à l’étranger. Les femmes restées au villages portent toujours les vêtements traditionnelles : une longue jupe noire avec des motifs dorés, de larges pantalons, et un foulard qui couvre la tête. La route asphaltée qui va de Dragas à Brod est en mauvais état. Sur les côtés, on voit de petits villages avec leurs mosquées, que l’on ne peut rejoindre que par des chemins de terre. Les Gorani se déplacent à pieds ou à dos d’ânes. L’hiver est rigoureux (-20°C), et certains villages sont totalement isolés. L’un de ces villages s’appele Backa, le plus petit village gorani, qui compte 150 habitants, surtout des personnes âgées.

Brod, le village aux huit bistros

Le village de Brod est le dernier sur la route. Ensuite, il n’y a plus d’asphalte, mais seulement les étroits sentiers de la montagne du Sar. On compte 700 à 750 maisons dans Brod, et 1500 habitants. Il y a une école neuve, où l’enseignement se fait en serbe, et deux mosquées. Près de la moitié des habitants vivent dans la Macédoine voisine, mais ils reviennent à Brod de temps en temps.

Brod est un village très animé, il y a beaucoup d’enfants : certains vivent en Macédoine et ne viennent ici que durant la période des vacances scolaires. Il y a beaucoup de bars. En marchant le long de la rue principale, j’ai compté huit cafés, mais je pense qu’il y en a encore beaucoup plus. Seuls les hommes fréquentent les cafés. Traditionnellement, les femmes restent les hauts murs de leurs maisons.

En fin d’après-midi, les Gorani ramènent le bétail des paturages - moutons, taureaux, vaches. On compte 500 à 600 moutons à Brod, c’est un élevage traditionnel des Gorani. Un kilo d’agneau coûte 4 euros. La spécialité locale la plus connue est le fromage de la montagne du Sar - fumé et salé, semblable au parmesan italien, mais plus doux. Le fromage coût 6 euros à Dragas (prix pour les étrangers), et seulement 4 ou 5 euros à Prizren (prix pour la population locale). Les plats les plus fameux sont le burek (tourte feuilletée au fromage), et les gâteaux traditionnels comme la baklava ou l’indiana. La boza est une boisson traditionnelle des Gorani, une boisson âpre faite avec de la farine et du sucre bouillis selon un procédé particulier.

Historiquement, les Gorani sont connus dans les Balkans comme des Bozadziji, des fabricants de boza. Ils sont des travailleurs émigrés depuis des siècles. On constate aujourd’hui un flux constant de personnes qui quittent Brod. Autrefois, seuls les hommes quittaient le village pour travailler à l’extérieur, mais aujourd’hui des familles entières émigrent. Beaucoup de personnes de Brod travaillent en Serbie, en Macédoine, en Croatie, en Bosnie-Herzégovine, rappelle Djunajder Bojda, un jeune Goran qui travaille à Pristina à la Commission électorale centrale et qui est président de l’ONG locale Scordos Mons. Il a deux sœurs, l’une est mariée à Skopje, l’autre en Europe occidentale. Leurs époux sont des Gorani.

À l’époque yougoslave, Brod avait des contacts actifs avec la Macédoine voisine. Aujourd’hui, presque tous les habitants du village ont un passeport macédonien. Certains demandent même la nationalité bulgare. Sept étudiants de la Gora sont inscrits dans des Universités bulgares. Ces jeunes gens n’ont pas le passeport bulgare, car la procédure pour l’obtenir est compliquée. « La Bulgarie n’a pas besoin de nous », reconnaît Djunajder Bojda, qui esquive une question sur l’origine ethnique des Gorani. En effet, les historiens de Macédoine, de Serbie, de Bosnie-Herzégovine et de Bulgarie s’affrontent sur l’origine des Gorani. Ismail Bojda, président de l’association des « Macédoniens de confession musulmane », est un parent de Djunajder. Il vit à Skopje. Selon Ismail Bojda, on compte 25 000 Macédoniens au Kosovo, dans la Gora. Djunajder Bojda veut organiser une table-ronde avec des historiens de Serbie, de Bosnie-Herzégovine, de Macédoine, d’Albanie et du Kosovo pour discuter de l’origine de cette petite communauté du Kosovo.

Durant l’été, les nuits de Brod sont animées. Vers 23 heures, les jeunes sortent pour faire la « promenade », le « korzu », comme on dit localement en langue goranka. Le but est de lier des contacts sociaux et de trouver leur future épouse. La vie quotidienne à Brod suit encore son rythme traditionnel. Au crépuscule, un groupe de jeunes femmes passe dans le centre du village. Les femmes portent le traditionnel couvre-chef blanc décoré de ducats d’or (ici, on appelle toujours ducats les pièces d’or). Les jeunes femmes montrent de la sorte leur richesse. Les jeunes filles sont les seules à porter des colliers de ducats.

Krusevo

Je m’arrête dans le village de Krusevo pour manger un délicieux burek et boire un jus de myrtilles. Je rencontre deux jeunes filles, des jumelles, très belles : Ramiza et Resmia. Elles sont allées à l’école jusqu’à 14 ans, jusqu’à la huitième classe. Maintenant, elles n’ont pas de travail, et attendent seulement de se marier. Elles ont déjà préparé leur trousseau. « Combien d’enfants voudriez-vous avoir ? » - « Trois », répond Ramiza. « Autant qu’Allah voudra m’en donner », ajoute-t-elle ensuite. Les deux jeunes filles comprennent l’albanais, mais ne sont pas capables de le parler. Elles parlent leur langue maternelle, le dialecte goran, qui serait selon elles « la langue bosniaque ».

Restelica, le village des travailleurs émigrés

Restelica est le plus grand village de la région de Dragas. « Restelica est un grand village, six fois plus grand que Brod », explique Sabidin Cufta, le vice-président de l’Assemblée municipale de Dragas, un Goran de Restelica. On compte 7000 habitants, dont environ 4500 vivent dans le village, et les autres à l’étranger. « Quel travail font-ils ? - La plupart sont manœuvres ». Restelica est un village purement goran, à l’exception de cinq ou six familles qui sont venues du nord de l’Albanie durant la Seconde Guerre mondiale. « Ils se sont mariés avec les notres », m’a-t-on raconté. Il y a beaucoup de bons musiciens et de bons chanteurs dans ce village. À l’école locale, une partie des enfants étudient en langue serbe, les autres en bosniaque, et l’on compte aussi deux classes en albanais.

Restelica est le plus riche village de la Gora. Toutes les maisons sont énormes, on dirait des bâtiments officiels de quatre ou cinq étages. Les paysans ont construit leurs maisons sur les pentes de la montagne, en portant les pierres, les tuiles et tous les matériaux à dos d’âne. Ici, le prix d’un terrain constructible est de 60 à 70 000 euros. À cause de la situation économique critique du Kosovo, la plupart des hommes ont émigré dans l’Union européenne pour pouvoir travailler. Dans les entreprises de Dragas, le salaire s’élève à moins de 150 euros par mois. Selon les statistiques, on compte 5000 chômeurs dans toute la commune, mais en réalité, le chiffre est plus élevé.

Les Gorani de Restelica sont les musulmans les plus pieux et les plus conservateurs. Une femme goranka d’âge moyen a été prise de panique en nous voyant la prendre en photo alors qu’elle lavait des couvertures de laine blanche. Il est hors de question de pouvoir photographier une femme goranka mariée sans demander la permission à son mari. « S’il apprenait que vous m’avez photographie, il m’abandonnera et me chassera », me dit la femme.

« Salam aleikoum », disent les hommes en saluant Naser, l’imam du village, âgé de 27 ans. Dans le centre du village, s’élève une grande mosquée construite il y a 450 ans. Le vendredi, après la grande prière, beaucoup d’hommes, jeunes et vieux, se réunissent aux abords de la mosquée. Je leur ai demandé quand le village s’était converti à l’islam. « Avant que les Turcs n’arrivent », m’a-t-on expliqué. Certaines personnes appelées « halepovci » (originaires d’Alep), seraient venues de Syrie à Krusevo et auraient apporté la religion islamique. « Quelles langues parlez-vous ? - Notre langue, le goran, ni le serbe ni le macédonien », m’ont répondu la plupart des personnes.

Selon certains chercheurs, il y avait autrefois des derviches dans la Gora. À Brod, restelica, Radesha, Zli Potok et dans d’autres endroits, on trouvait des tarikat (des confraternités de musulmans soufis). J’ai demandé à beaucoup de Gorani s’il y avait encore des teke (temple et couvent derviche), mais je n’en ai vu que dans le village de Restelica. Dans ce village, oncle Melgaip, 45 ans, qui possède trente ou quarante ruches, m’a montré l’ancienne teke, aux marges du villages. La teke Selim Dedo est plus petite et la mieux cachée des teke que j’ai vu dans mes villages dans les Balkans. Elle est construite de pierre et se dresse sur un escarpement près d’un ruisseau.

La teke contient des turbe, les tombes des saints musulmans. Il y a un derviche à Restelica, mais il vit maintenant en Italie, m’a dit oncle Megaip. Tous les Gorani sont sunnites. Ils se sont convertis à l’islam sous l’Epire ottoman, aux XVIIe et XVIIIe siècles, mais ils célèbrent encore certaines fêtes chrétiennes traditionnelles. Au retour, je suis passée par le village de Globocica. Derrière ce village, il y a un grand pré où tous les Gorani se réunissent le 6 mai, le jour de la Saint-Georges.

À la recherche de l’identité des Gorani

Les Gorani conservent leurs traditions musulmanes, il y a une mosquée dans chaque village. On compte en tout une vingtaine de mosquées, dont beaucoup ont été restaurées grâce à des dons de la population locale. La religion musulmane est l’une des principales caractéristiques de l’identité des Gorani. Ils ont créé une légende selon laquelle leurs ancêtres se seraient convertis à l’islam avant l’arrivée des Turcs dans les Balkans. J’ai entendu cette légende dans tous les villages de la Gora, à Brod, à Restelica, à Zli Potok, à Dragas.

Zli Potok : une pierre funéraire vieille de 819 années

Le journal Alem du 12 juin, publié en bosniaque à Prizren en a fait son gros titre : « une pierre funéraire (nishan) de 819 années ». J’en ai parlé avec deux hommes dans un bar de Zli Potok. À côté de la mosquée du village, j’ai rencontré deux femmes et un jeune homme qui m’ont dit qu’il y avait des pierres funéraires du XIe siècle dans le vieux cimetière de Zli Potok. Certaines sont brisées, et les Gorani en conservent deux dans une petite pièce de la mosquée. On a ouvert la mosquée exprès pour moi et on m’a montré les deux pierres avec des inscriptions en arabe. L’alphabet arabe était utilisé dans tout l’Empire ottoman, dans le monde arabe et en Perse. Les musulmans bulgares, la communauté des Pomaks, ont le même type de légende. L’ethnographie bulgare et les anthropologues rapportent beaucoup de légendes arabes, qui montreraient que les Pomaks se sont convertis avant l’arrivée des Turcs dans les Balkans. À titre de preuve, les Pomaks évoquent quelques nishans antérieures à la domination turque.

Il y a une autre similitude entre les Pomaks bulgares et les Gorani du Kosovo. Les femmes pomak et les femmes goranke portent les mêmes habits traditionnels, la longue veste est un symbole de leur identité. Les hommes ne portent plus de vêtements traditionnels. Le vendredi - jour de marché - les femmes goranke viennent à Dragas. Elles ne peuvent pas passer inaperçues avec leurs longues vestes noires décorées de motifs dorés. En général, les femmes goranke sont de haute stature, belles, robustes, avec une peau claire. Les hommes sont assez petits, par rapport aux autres habitants de la montagne. Comme les hommes pomaks de Bulgarie, ils ne portent plus les vêtements traditionnels. « Nous sommes le même peuple, nous sommes slaves, nous parlons tous le macédonien et nous comprenons le bulgare », affirme le jeune Alia du village de Zli Potok.

Les relations avec la Bulgarie

Au début du XXe siècle, il y avait d’importantes relations entre la Bulgarie et les Gorani. Beaucoup d’entre eux travaillaient en Bulgarie, ils tenaient souvent des pâtisseries (il y avait trois ou quatre pâtisseries tenus par des Gorani à Sofia, selon Vasil Kanchov). Aujourd’hui encore, les gens de Brod se souviennent que certains de leurs ancêtres travaillaient en Bulgarie, où ils fabriquaient de la boza, des bureks et des gâteaux. Certains des personnages du livre « La Gora - seule et lointaine » de Sadik Idrici, habitaient en Bulgarie, où ils avaient de petites pâtisseries. Dans le village de Kukaljane, j’ai rencontré Zudi Iljazi, un vieux Goran qui a longtemps vécu à Belgrade. Il connaissait un peu la Bulgarie, car son grand-père Xhafer et son oncle Sali avaient vécu à Sofia au début du XXe siècle.

Selon Vasil Kanchov et Jordan Ivanov, les Torbesi de la montagne du Sar, les Gorani, seraient une ethnie bulgare, parlant un dialecte bulgare. En voyageant à la travers la région de la Gora, je peux confirmer que leur langue n’est ni du bosniaque, ni du serbe, mais qu’elle s’apparente à un dialecte macédonien occidental, ou à un dialecte bulgare avec des voyelles nasales. Les paroles des vieilles chansons goranke sont bulgares. Selon une étude l’Agence nationale bulgare pour les Bulgares de l’étranger, les Gorani forment une ethnie bulgare.

Les Bulgares de la Zupa

Le 23 juin 2004, la MINUK a enregistré l’ONG des « Bulgares mahométans », une association pour l’éducation culturelle des Bulgares de la Zupa, ayant son siège dans le village de Donje Ljubinje, dans la région de la Zupa. Ce village se trouve à vingt kilomètres de Prizren. Les principaux objectifs de l’association des Bulgares de la Zupa sont les suivants : unir les Bulgares du Kosovo dans le but de maintenir, développer et pormouvoir la culture et les traditions des communautés bulgares du Kosovo ; favoriser l’éducation des jeunes afin de promouvoir la tolérance, la démocratie, les droits humains et des minorités, soutenir et encourager la production littéraire, faire connaître aux intéressés l’histoire et la culture bulgare. La région de la Zupa se trouve au sud-est de Prizren, aux pieds de la montagne du Sar. Traditionnellement, les habitants de la région sont de bons maçons. Selon l’historien bulgare Kanchov Ivanov, ce sont des musulmans d’origine bulgare.

Les partis politiques et la participation aux institutions locales

Les Gorani ne sont pas reconnus comme minorité. La communauté est représentée par deux partis politiques : le Parti de l’action démocratique (SDA) et l’Initiative citoyenne de la Gora (GIG). Le SDA a de bons rapports avec les musulmans de Bosnie-Herzégovine et il a axé son action sur la défense de la langue bosniaque dans la Gora. En 2002, le SDA a connu une scission, et un nouveau parti a été formé, le Parti démocratique Vatan. L’Initiative citoyenne de la Gora privilégie la langue serbe et les contacts avec Belgrade. Cette formation et le parti Vatan ont formé la Coalition Vatan. Il y a deux députés gorani au Parlement du Kosovo : Sadik Idrizi, écrivain et poète, qui se déclare bosniaque, et Rustem Ibishi, le leader de l’Initiative citoyenne. Il n’y a pas de parti ethnique exclusivement goran. Selon Sadik Idrizi, la nouvelle coalition Vatan participera aux élections du 23 octobre. On compte maires-adjoints issus de la communauté, dans les communes de Dragas, Prizren et Pec, ainsi que onze Gorani conseillers municipaux, dans quatre communes différentes.

Des « standards » pour les Gorani ?

La communauté internationale insiste sur la mise en œuvre des « Standards pour le Kosovo ». Malheureusement, les Gorani ne font guère l’objet de l’attention de la MINUK ou de l’OSCE. Le 6 juillet, une conférence a eu lieu à Pristina, avec la collaboration de l’OSCE, sur le thème du rôle de la communauté turque du Kosovo et des autres minorités dans le cadre de la politique des standards pour le Kosovo. Les Gorani n’étaient pas représentés. Pour la région de la Gora, seul le député Sadik Idrizi a participé à la conférnce, mais il a fait une intervention sur l’éducation dans la communauté bosniaque du Kosovo, et non pas sur les Gorani. Sadik Idrizi a soutenu qu’une partie des Gorani se déclaraient bosniaques, les autres gorani. Il serait nécessaire que les Gorani visent des mesures concrètes pour préserver leur langue et leur culture, mais ils restent silencieux.

« Nous résisterons »

« Quand les Allemands sont venus ici, les Gorani leur ont donné à manger. Puis les Gorani ont donné à manger aux partisans. Nous étions tellement peu nombreux, nous ne combattions pas ». C’est ainsi Djunajder Bojda, du village de Brod, explique comme les Gorani ont survécu aux guerres et aux conflits. Les Gorani craignaient d’être victimes de l’extrémisme albanais durant la guerre de 1999. Les Gorani vivent toujours isolés dans les montagnes et n’osent pas se rendre à Pristina. La plupart d’entre eux parle mal l’albanais ou ne le parle pas du tout. Ils ont peur d’être associés aux Serbes par les Albanais. « Nous pouvons penser, nous pouvons ne pas penser, cela n’a pas d’importance, nous n’avons pas d’influence. Nous sommes pas en état de changer les choses. Nous résistons. Il y avait des Albanais qui n’étaient pas d’accord avec l’UCK, mais aujourd’hui, ils se trouvent tous deux mètres sous terre », explique avec philosophie un Goran du village de Brod.

Beaucoup de Gorani ont fu la région durant la guerre du Kosovo et ont encore peur d’y revenir. Certains vivent dans le Sandjak de Novi Pazar, d’autre en Bosnie-Herzégovine. Le Consortium italien de solidarité (ICS) a travaillé à un projet de retour des exilés - des personnes désormais sans toit ni travail. Près de 500 personnes ont suivi des formations, il y a eu des aides au logement pour trente familles : dix à Vraniste et vingt à Radesa. J’ai rencontré Altana, une dame du village de Radesa, dans la commune de Dragas. Son fils A. est un exilé. Il a quitté la Gora durant la guerre, ICS suit son cas et essaie de le faire revenir, mais il a peur d’avoir des problèmes s’il revient dans la Gora. Altana, sa peur, a peur pour l’avenir de son fils.